Maître et icône de la musique africaine, Toumani Diabaté est issu d'une longue lignée de joueurs de kora maliens (70 générations selon la légende familiale) dont il a repris le flambeau, devenant le principal ambassadeur de l'instrument à 21 cordes, et déverrouillant ainsi les milliers de récits et de mythes émanant de l'histoire culturelle mandingue.
Avant-gardiste et partisan d'une tradition profonde, Toumani inscrit dans son œuvre le désir de partager la kora à travers les cultures et les genres. Après avoir sorti le premier album solo de kora, *Kaira*, aux côtés de la productrice et ethnomusicologue britannique Lucy Durán en 1988, il collabore avec des voix parmi les plus influentes du monde, desquelles naissent notamment le groupe de fusion kora-flamenco Songhaï, dont il est le fondateur, ainsi qu’un album en association avec le bluesman américain Taj Mahal.
Dans les années 2000, Toumani conserve cet esprit d'échange en travaillant avec Damon Albarn, le génie de Blur et Gorillaz, sur un album sorti en 2002, et avec l'artiste islandaise Björk en 2007. En parallèle, il s’efforce d'enrichir le paysage musical malien en collaborant avec des artistes comme Ballaké Sissoko, un autre géant de la kora; Ali Farka Touré, pour le classique *In the Heart of the Moon*, récompensé par un Grammy Award; et avec The Symmetric Orchestra, composé de musiciens griots d'Afrique de l'Ouest qui mêlent des instruments traditionnels comme la kora, le djembé et le balafon, à des claviers et des guitares électriques.
Aujourd'hui, la kora peut être entendue dans des genres aussi variés que le hip-hop, la techno et le reggae, une réalité rendue possible grâce à l'influence de Toumani. Son esprit d'inclusion et d'aventure s'aligne sur la mission fondatrice de Qwest TV: démocratiser et chérir les rythmes du monde, et c'est un honneur de l'accueillir en tant qu’invité. Sans surprise, sa sélection personnelle franchit frontières et styles, allant d’un concert jazz funk de Quincy Jones à la virtuosité brésilienne de Gilberto Gil, en passant par le flamenco espagnol de Paco de Lucía et l’indien Ravi Shankar. Sa sélection met aussi en avant des artistes africains parmi lesquels Papa Wemba, originaire du Congo, Manu Dibango du Cameroun et Ali Farka Touré de son Mali natal.
*Le dernier album de Toumani, Kôrôlén, qui signifie ""ancestral"" en langue mandingue, le voit associé au London Symphony Orchestra dans un projet commandé par le Barbican Centre. L'album réunit anciennes mélodies griottes et musique classique européenne, les plaçant tous deux sur le même piédestal culturel, prouvant ainsi que les arrangements complexes et sophistiqués ne sont pas l'apanage de la tradition musicale occidentale.*
Rowan Standish Hayes